Depuis 2019 le Haut Conseil à l’Égalité (HCE) publie un rapport annuel contre le sexisme. Celui de 2023 n’était déjà pas très encourageant. Celui de 2024 l’est encore moins. Les comportements sexistes sont même bien ancrés, en particulier chez les jeunes hommes. Il est temps de « s’attaquer aux racines du sexisme ». N’est-ce pas monsieur Macron…
Par Elsa Cadier et HCE
Dans son 6e rapport annuel, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes fait une nouvelle fois le constat accablant du non recul du sexisme en France. Bien au contraire, certaines de ses manifestations les plus violentes s’aggravent, et la jeune génération est la plus touchée.
Six ans après « Metoo », où en est-on ?
Le sexisme reste prégnant, s’aggravant même d’une année sur l’autre dans certaines catégories de population
Toujours selon le rapport du Haut Conseil à l’Égalité, les parents, sans s’en rendre compte, n’élèvent pas les filles et les garçons de la même manière. Deux tiers des femmes estiment avoir été éduquées différemment. Seulement 3% des hommes ont reçu des poupées et 4% des femmes des jouets voiture dans leur enfance. L’école reproduit ces schémas, avec des conséquences directes sur l’orientation : 74% des femmes n’ont jamais envisagé de carrière dans les domaines scientifiques ou techniques. L’éducation à l’égalité prévue par la loi n’est toujours pas prodiguée : deux-tiers des personnes interrogées n’ont jamais suivi de séance d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. En ligne, 75% des femmes affirment ne pas être traitées à égalité (ce que corroborent nos études des contenus les plus vus sur Instagram notamment, où 68% des vidéos véhiculent des stéréotypes assignant les femmes à la maternité). Plus grave encore, les vidéos pornographiques diffusent des contenus misogynes d’une rare violence que 64% des hommes de 25-34 ans disent imiter dans leurs relations sexuelles.
Le sexisme s’aggrave même dans certaines catégories
Voilà pourquoi le sexisme reste prégnant, s’aggravant même d’une année sur l’autre dans certaines catégories de population. Chez les jeunes adultes masculins, mais aussi parfois chez les femmes, on observe un retour aux valeurs traditionnelles : l’idée « qu’il est normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants » gagne 7 points (34 %) chez les intéressées. La « résistance » masculine se fait également sentir par rapport aux évolutions de la société : 37% (+3 points) des hommes considèrent que le féminisme menace leur place. Plus d’un homme sur 5 de 25-34 ans considère normal d’avoir un salaire supérieur à sa collègue à poste égal. 70% des hommes pensent encore qu’un homme doit avoir la responsabilité financière de sa famille pour être respecté dans la société. Plus de la moitié de la population trouve encore normal ou positif qu’une femme cuisine tous les jours pour toute la famille.
Les violences sexistes et sexuelles ne reculent pas
Ce sexisme ambiant a bien sûr des conséquences fortes sur le ressenti des femmes : 9 femmes sur 10 déclarent avoir personnellement subi une situation sexiste. Les violences sexistes et sexuelles ne reculent pas : 37% des femmes déclarent toujours avoir vécu une situation de non-consentement, un chiffre qui grimpe à plus de 50% chez les 25-34 ans. Chez les hommes, les réflexes masculinistes persévèrent : un quart des 25-34 ans pense qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter.
Paradoxalement, la population est de plus en plus consciente et tolère de moins en moins les violences sexistes et sexuelles. Le rapport montre bien le décalage entre cette prise de conscience et le maintien des stéréotypes qui continuent de forger les mentalités et les comportements. Il faut donc agir en adoptant un plan d’urgence comme le demande l’opinion publique : éduquer, réguler, sanctionner.
Définition : le sexisme désigne une attitude de discrimination basée sur le sexe, qui nie le droit à la liberté et l’égalité des êtres humains.
Chronique du sexisme ordinaire
« Vous êtes si sensibles, vous, les femmes… Vous prenez tout à coeur « , « Comment tu vas ma petite/ma belle/ma jolie ? « , « l est 17:00, elle doit déjà être partie chercher ses mômes« , « Bah alors, t’as tes règles ? « , « T’as vu comment tu t’habilles ? Faut pas t’étonner de te faire emmerder « , « Eh mademoiselle, t’es charmante ! « , « J’ai faim. Tu fais quoi pour le dîner ? « , « La danse, c’est pour les filles « , « Wouah, cette jupe te fais un beau boule ! « , « Tu me donnes ton numéro ? Tu veux pas ? Pour qui tu te prends ? T’es qu’une salope ! « , … Toutes ces phrases entendues au quotidien au travail, dans la rue ou dans la vie privée, sur les réseaux sociaux ou à l’école, participent au sexisme dit ordinaire et touche toutes les sphères de la société. Alors que les esprits semblent aujourd’hui acquis à la lutte contre le sexisme et malgré les efforts et les avancées, en France, les hommes (et quelquefois les femmes) pratiquent ce sexisme beaucoup sans s’en rendre compte, souvent sciemment et dans leur grande majorité, ce sont les femmes qui en subissent les effets.
Éduquer les hommes
La loi no 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes visant à combattre les inégalités entre les femmes et les hommes, a introduit dans son article 50 la création d’un stage de responsabilisation destiné aux auteurs de violences conjugales pour prévenir la récidive. L’article n’est pourtant pas toujours appliqué faute de moyens.
Bolewa Sabourin est chorégraphe et militant de la lutte contre les violences faites aux femmes. Au sein de l’association LOBA (, ), il a créé des ateliers de masculinité, de concertation qui s’adressent uniquement aux hommes et dans lesquels ils se questionnent. Selon Bolewa Sabourin, les hommes doivent également prendre la parole et se remettre en question.
“Nous avons créé ce collectif pour se questionner sur toutes ces violences faites principalement par notre genre“, explique Bolewa Sabourin. ” Il faut se regarder le nombril et arrêter de se construire sur un modèle viriliste qui est celui de Superman. Nous devons nous insérer dans la société, parce l’homme viril aujourd’hui se croit au-dessus de la société, alors que nous faisons du mal à nos proches, nous nous faisons du mal, nous faisons du mal à la planète. Je pense que si nous les hommes, nous ne prenons pas la parole maintenant, alors nos enfants, nos petits enfants, dans 200 ans, continueront encore à travailler sur ce sujet “.
Que disent les lois
La loi no 2014-873 du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes vise à combattre les inégalités entre les femmes et les hommes. www.legifrance.gouv.fr
L’article L-1142-2-1 du Code du travail nouvel a été inséré à la loi du 17 août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi : « Nul ne doit subir d’agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d’une personne, ayant pour objet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ».
La loi du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels a renforcé ces dispositions. www.legifrance.gouv.fr
La loi n° 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexiste, vise à améliorer la répression des violences sexistes et sexuelles : allongement à 30 ans du délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur des enfants, création d’une contravention d’outrage sexiste pour punir le harcèlement de rue, … En novembre 2022, l’Assemblée nationale a voté le durcissement de l’amende, à 3 750 euros l’outrage sexiste «aggravé». L’article fait de l’outrage sexiste, un délit. www.legifrance.gouv.fr

Laisser un commentaire